Monday, August 25, 1997

Adaptable (1997, Séoul)

Laissable
à cause d'un père
irresponsable
à statut légal
inaccessible
seule, une mère
confucéenne
société

Trouvable
à cause de ma mère
suffisamment sensible
de mon futur
une note lisible
avec fureur
pas si sûre
désolée

Adoptable
écrit sur mes papiers
semble crédible
mélange
pour eux possible
en somme meilleur
qu'un non mélange
mon histoire

Adaptable
jaune mieux
trop visible
que la couleur locale
dans une jungle humaine
guerre de sentiments
un Mowgli moderne.

(c) 1997 mihee-nathalie lemoine

Saturday, January 1, 1994

Auto-portrait (1994, Séoul)

J'ai vingt ans et je m'appelle Mihee
Petite, j'ai changé de pays
J'ai grandi et j'ai fait ma vie
Je suis heureuse...

J'ai vingt-cinq ans, et je m'appelle Nathalie
Adulte, j'ai rechangé de pays
J'ai ma vie et je l'ai choisie
Je suis heureuse....

J'ai trente ans et on m'appelle Cho-ssi
Maintenant que je reste ici
J'ai choisi, j'ai à faire ma vie
Je suis soucieuse....

De ces trois identités
Laquelle vais-je garder
Laquelle va rester
Laquelle sera vérité ?

(c) 1994 mihee-nathalie lemoine

Saturday, June 1, 1991

À défaut (1991, Bruxelles)

À défaut de l'avoir rencontrée
J'imagine ce qui aurait pu se passer
Je me fais mon cinéma
Tout me semble être possible
Dans le domaine de la réalité

Ma mère, celle de là-bas
Je ne la verrai sans doute jamais
Je ne la rencontrerai jamais
Elle vit dans mon esprit

Est-ce que ça me suffit
Ça me suffit de croire que
Je serai dans la même pièce
Peut-être sans le savoir
Peut-être sans qu'elle le sache

Friday, August 25, 1989

Comme si tout pouvait être rattrapé (1989, Bruxelles)

Je la regarde s'asseoir.
Je sais qu'elle est venue pour moi, juste pour moi.
Comme si cet instant allait tout rattraper.

Elle s'assied en tailleur, je l'attendais pour une fois.
Gênée ou mal à l'aise, elle baisse les yeux.
Elle me demande de s'expliquer. Pourquoi pas ?
Comme si ces cinq minutes allaient tout rattraper.

Elle relève son regard et m'observe.
Je baisse les yeux, mal à l'aise, pourtant je ne suis pas fautive.
J'ai peur de trahir mon émotion. J'ai envie de lui dire...
toute la haine mûrie pendant toutes ces années.

Elle a envie de me dire peut-être combien elle regrette,
combien elle n'avait pas voulu le faire mais il le fallait.
Elle parle dans le vide de n'importe quoi. Elle m'étpnne.
Elle vit, elle a vécu pendant tout ce temps.
Elle s'arrête et me dit tout bas que j'ai changé,
qu'elle est contente de me voir.
Comme si toutes ces paroles allaient tout ratttraper...

Je souris, je la fixe pour qu'elle ne me regarde plus.
Je lui demande ce qu'elle a fait pendant tout ce temps-là.
Elle s'empresse de me dire que vu les circonstances,
c'était la seule solution à choisir.
Elle ne me répond pas à la question.
Je l'écoute parler maladroitement.
Elle est perdue. 'émotion l'a prise.
Je détourne les yeux vers la fenêtre.
Comme si cela pouvait tout soulager...
Elle me dit qu'elle est mariée.
Elle ne me dit pas si elle a des enfants.
Je n'ose pas le lui demander.

Elle me demande ce que je fais, si je suis heureuse.
Je luis réponds que c'est bien mieux sans elle.
Elle me regarde. Elle a le regard qui me fait pitié.
Comme si cela pouvait tout rattraper...

J'en suis gênée. Elle a gagné.
Elle éclate en sanglotys, cache son visage,
me demande pardon... j'ai gagné !
Comme si cela pouvait tout rattraper.

(c) 1989 mihee-nathalie lemoine

Thursday, August 25, 1988

Maman très chère (1988, Bruxelles)

Vous dire que j'ai beaucoup pensé à vous et à votre pays.
Vous dire qu'ici en Belgique, on ne vous connaissait que très peu.
On vous savait pays du Matin Calme, pays du trente-huitième parallèle,
Ensuite ce fut le pays d'où venait trop d'enfants en adoption.
Après le pays du taekwondo pour les initiés.
Pays des "mangeurs de chiens" pour les "trente millions d'amis".
Oh scandale ! notre étiquette est salie. Enfin reblanchie avec les Jeux Olympiques.

Vous dire que je me sens coréenne avec les Occidentaux et occidentale avec les Asiatiques.
Vous dire que je ne regrette pas d'être partie.
Que j'ai eu la chance, la seconde, peut-être celle que vous espériez pour moi ?

Vous dire qie j'aurais préféré avoir les yeux moins bridés et les cheveux plus clairs et ondulés,
mais en fin de comte prendre parti de mon physique d'asiatique...
parfois c'est utile.

Vous dire que l'apathie des Belges a déteint sur moi.
Que mon asiatude sent les frites et que ma belgitude goûte le gimchi.

Vous dire enfin que je partirai comme je suis venue,
mais pas chez vous, ma mère, surtout pas chez vous.

p.s. À mes géniteurs, à mes parents.


(c) 1988 mihee-nathalie lemoine